1/ Préparation de la plaque de cuivre

Le dégraissage

Le nom « eau-forte » est à l'origine celui de l'acide citrique employé pour cette technique de travail. Dans un premiers temps, le graveur doit préparer sa plaque de cuivre en la dégraissant très soigneusement. Pour ce faire, il utilise du blanc de Meudon, ou blanc d’Espagne. La plaque généreusement recouverte de cette poudre reçoit ensuite quelques giclées de vinaigre additionné de sel. L'amalgame ainsi obtenu doit être frotté sur toute la surface de la plaque avec un coton ou un chiffon propre. Après quoi on rince la plaque sous le jet d'eau froide du robinet, et c'est en s'assurant que l'eau glisse parfaitement partout sans faire de méandres qu'on peut juger de la réussite du dégraissage. Le séchage de la plaque de cuivre se fait à la chaleur du réchaud d'atelier. Le graveur devra ensuite la recouvrir d'un vernis au tampon.

Le vernissage

Ce vernis se présente sous la forme d'un petit cône enveloppé dans une soie naturelle retroussée et maintenue à son sommet par une ficelle ou un élastique formant une petite «queue » qui permet de manipuler le vernis. Utilisé tiède, ce tampon sert à répartir uniformément, par des tapotements lents et réguliers, le vernis ramolli par la chaleur sur toute la surface de la plaque.

Ensuite, la plaque encore chaude sera retournée et surélevée, soit à l’aide d’une pince, soit à l’aide de chaînes. L'étape suivante consiste à enfumer la surface vernie en promenant un flambeau (sorte de tresse faite de plusieurs fines bougies) sous la plaque surélevée, de telle sorte que le noir de fumée colore le vernis. Le but est d'obtenir une plaque qui, après refroidissement, présentera un aspect noir mat uniforme.

2/ La gravure

Maintenant que la plaque de cuivre est préparée, la gravure proprement dite peut commencer. A l’aide d’une pointe métallique, le graveur va « gratouiller » la couche de vernis pour mettre à nu le métal là ou elle l’a creusé. Ainsi, à mesure que la main du graveur opère, le brillant du métal apparaît sur le fond noir de la plaque vernie, ce qui donne à l’œuvre en cours de réalisation un aspect de « négatif » : en effet, le fond noir deviendra le fond blanc de la gravure une fois tirée sur le papier, et les sillons apparemment clairs deviendront noirs par l’encrage. Il faut donc savoir inverser le coup d’œil pour se représenter l’œuvre réelle.

3/ Le tirage

La morsure

Pour que les sillons ou les pointillés tracés dans le vernis apparaissent gravés dans le métal de la plaque, il faut immerger celle-ci dans un bain d’acide, après avoir vernis le dos au pinceau ; c’est la morsure qui attaquera en profondeur les parties dénudées du métal sans altérer tout ce qui restera protégé par le vernis. Un bac dans lequel se trouve l’acide recevra la plaque mise à plat au fond.

L’acide utilisé pour la morsure de la plaque de cuivre est le perchlorure de fer, plus communément appelé « perchlo ». Cet acide a pour avantage d’opérer une morsure en profondeur sans écarter les tailles (sillons), ce qui le rend préférable pour les gravures faites de traits fins et rapprochés. Le perchlo engendre toutefois un dépôt d’oxyde de fer qui oblige à rincer la plaque régulièrement pour empêcher les particules d’obstruer les tailles.

Chaque fois que le graveur voudra voir l’effet produit par son travail en faisant un tirage sur papier, il devra nettoyer la plaque après le rinçage à l’eau au sortir du bac d’acide, en faisant disparaître le vernis qui la recouvrait à l’aide d’essence minérale (ex : térébenthine) passée à la surface avec un chiffon ou du papier absorbant.

Mais selon la façon de travailler le graphisme, il n’est pas toujours possible de faire un tirage d’essai avant d’avoir pratiquement terminé, surtout lorsque la gravure est faite directement, sans croquis précis préalable. En effet, il est difficile de reprendre le travail sur une nouvelle préparation de la plaque au vernis, qui masquerait considérablement le graphisme. C’est une école de patience, car il faut en général attendre plusieurs mois avant d’avoir droit à la découverte d’un résultat !

Pour tirer une gravure, c’est-à-dire pour faire en sorte que les tailles creusées dans la plaque de cuivre reçoivent l’encre et transmettent l’image sur la feuille de papier, plusieurs opérations sont nécessaires :

Le biseautage de la plaque de cuivre

La plaque prête au tirage sera tout d’abord biseautée : ses bords devront être limés en biais, les angles seront adoucis à la lime.

La préparation du papier

Pour préparer le papier, on le met à tremper dans une cuve d’eau propre. Cette immersion donnera un papier humide, assoupli, qui se laissera écraser par le rouleau de la presse et ira chercher l’encre dans tous les creux de la plaque qui l’auront retenue. Chaque feuille sera plongée doucement dans l’eau et manipulée par des mitaines (petites pinces métalliques) qui permettront d’éviter toute tâche sur le papier. On vérifiera à contre-jour que le papier est bien mat, et qu’aucune trace d’humidité de surface ne demeure : le papier doit être humidifié à cœur et séché en surface.

L'encrage de la plaque

La plaque biseautée doit être encrée puis posée sur la plaque de chauffe, qui permettra à l’encre de s’assouplir. Pour étaler l’encre, le graveur utilisera soit un rouleau soit une « poupée », c’est-à-dire un morceau de tarlatane plié en trois et enroulé sur lui-même pour former un petit cylindre maintenu en forme par une ceinture d’adhésif. L’extrémité de la poupée sera trempée dans l’encre pour étaler celle-ci sur toute la surface de la plaque, par des balancements appuyés, pour que l’encre pénètre bien dans les tailles.

L'essuyage

L’essuyage se fait à l’aide de boules de tarlatane.

Le graveur imprègnera alors la paume de sa main de blanc d’Espagne, pour bien assécher sa peau. D’un geste rapide partant du centre de la plaque vers les bords, la paume de la main enlèvera les derniers restes d’encre pour retrouver le brillant du métal de la plaque autour des tailles. Enfin, avec un chiffon parfaitement propre et sec, les biseaux du tour de plaque seront nettoyés soigneusement.

Le premier état

Il faudra ensuite déterminer le bon emplacement de la plaque sur la feuille de papier, en prenant soin de laisser suffisamment de marge de part et d’autre de la plaque.

Enfin, la plaque de cuivre sera déposée sur la presse, recouverte de la feuille encore humide, elle-même recouverte d’un lange, sorte de couverture en feutre permettant d'adoucir, de répartir et de régulariser la pression sur le papier. En actionnant la presse, le papier va s’imprégner de l’encre issue des tailles de la plaque, révélant ainsi le positif des traits gravés en négatif sur la plaque.

 

Le premier tirage (ou « premier état ») est, la plupart du temps, un tirage d’essai qui permet de juger du travail et des retouches qu’on aura envie d’y apporter : il est rare qu’un premier état donne entière satisfaction ! Le graveur effectuera autant d’états que nécessaire, jusqu’à ce qu’il soit satisfait de son œuvre…

L'atelier de Pierre Delvincourt